Neuf mille fiches manuscrites d'observations météo, oubliées dans des archives à Yangambi et en Belgique, ont été numérisées par un chercheur congolais. Ces données historiques, longtemps négligées, révèlent un réchauffement net du bassin du Congo dès les années 1960. Une avancée majeure pour la science climatique africaine.
Le chercheur Derrick Muheki, de la VUB, a mené un travail de fourmi pour sauver ces trésors scientifiques. Lors de deux voyages en RDC en 2023, il a photographié plus de 9000 fiches mensuelles d'observations météorologiques, enregistrées dans 37 stations à travers le pays. Ces documents étaient entreposés à l'INERA Yangambi, dans le nord-est, ainsi que dans les Archives de l'État de Belgique.
Un million d'observations enfin exploitées
Ces fiches contenaient plus d'un million d'observations quotidiennes : températures, précipitations. Un patrimoine scientifique inestimable, laissé à la merci des incendies et des parasites. Derrick Muheki raconte : « Nous avons découvert qu'il existait des données tant en RDC qu'en Belgique. Les données en Belgique étaient déjà numérisées, mais à Yangambi, elles ne l'étaient pas. Il y avait des milliers de feuilles, sans électricité. Nous avons utilisé un appareil photo et des batteries de rechange pour garantir la meilleure qualité possible. »
Une fois à Bruxelles, le chercheur a traité ces images grâce à un logiciel développé à la VUB, MeteoSaver, en collaboration avec le Centre des humanités numériques de l'UGent.
Combler une lacune scientifique majeure
Le bassin du Congo abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde et le deuxième plus grand fleuve. Ces éléments sont essentiels pour la régulation du climat régional et mondial. Pourtant, les rapports du GIEC ne mentionnaient aucune donnée sur les vagues de chaleur ou les fortes précipitations en Afrique centrale, faute de documentation.
Cette étude, publiée dans la revue scientifique Earth System Dynamics, comble ce vide. Elle atteste d'un réchauffement au long cours depuis les années 1960. Le nombre de journées chaudes par an a presque doublé entre les années 60 et les années 80, tandis que les journées froides ont diminué.
Des chiffres qui parlent
Entre 1961 et 1990, la région a gagné plusieurs dixièmes de degré par décennie : +0,7°C pour les températures maximales, +0,3°C pour les minimales et +0,5°C pour les moyennes quotidiennes. Le professeur Wim Thiery, coauteur de l'étude, affirme : « Le réchauffement climatique est très clairement présent dans le bassin du Congo, déjà dans les années 60, 70, 80. On voit un doublage des jours chauds. La tache aveugle devient rouge. »
Concernant les précipitations, les données de trois stations congolaises montrent que le nombre d'épisodes de fortes pluies a doublé dans les années 80 par rapport aux années 60 dans deux d'entre elles. La RDC n'échappe pas aux tendances mondiales.
La science au service de la souveraineté climatique
Ce travail de recherche est une fierté pour la République démocratique du Congo. Il démontre que nos archives nationales recèlent des données précieuses, capables d'influencer la compréhension scientifique mondiale. Le logiciel MeteoSaver ouvre des perspectives immenses pour numériser des millions d'autres observations à travers le monde.
Mieux comprendre le changement climatique historiquement permet de mieux préparer l'avenir. La science documente l'évolution du climat pour aider les nations à s'adapter et à atténuer les émissions de gaz à effet de serre. Une avancée qui honore la recherche congolaise et sa contribution à la connaissance universelle.
