Ginette Kolinka et Catel : un livre pour transmettre la mémoire face à la montée des intolérances
À 100 ans, Ginette Kolinka continue son combat contre la haine. Survivante des camps de concentration nazis, elle collabore avec l'illustratrice Catel pour un livre graphique qui vise à transmettre la mémoire historique aux nouvelles générations.
Un témoignage pour comprendre, pas pour émouvoir
"Je ne veux pas faire pleurer les foules, je veux que les gens comprennent", affirme Ginette Kolinka. Cette centenaire, seule survivante de sa famille déportée, a choisi de raconter son histoire non pas pour susciter l'émotion, mais pour faire comprendre les mécanismes de la haine.
Selon elle, tout découle d'un principe simple : "La motivation de Hitler, c'était la haine des Juifs. Tout vient de là." Cette analyse directe illustre sa volonté pédagogique de déconstruire les processus qui mènent aux génocides.
L'art au service de la transmission
Catel, l'illustratrice, apporte une dimension visuelle essentielle à ce témoignage. "Si les mots ont un poids, les images provoquent un choc et restent en mémoire", explique-t-elle. Ses dessins en noir et blanc montrent l'immontrable : la violence des gardiens, l'insalubrité, la mort omniprésente.
Cette approche graphique répond à un besoin concret : il n'existe pas de photos de ce qui se passait dans les camps. L'artiste s'est inspirée de dessins réalisés par d'anciens prisonniers après leur libération.
Cinquante ans de silence, vingt-cinq ans de témoignage
Ginette Kolinka a gardé le silence pendant près de cinquante ans. "Je ne voulais pas embêter ma famille en rabâchant toujours la même histoire", confie-t-elle. Ce n'est qu'après la mort de son mari Albert qu'elle a décidé de témoigner publiquement.
Aujourd'hui, elle intervient régulièrement dans les établissements scolaires. "Tant qu'on me demandera de venir, je viendrai", assure-t-elle, malgré ses inquiétudes face à la montée de l'antisémitisme actuel.
Un message universel contre l'intolérance
Pour Ginette Kolinka, le combat dépasse les clivages religieux ou communautaires. "Il y a les juifs, les musulmans, les chrétiens, mais, au final, nous sommes tous des êtres humains", rappelle-t-elle.
Elle distingue clairement acceptation et amour : "L'acceptation n'est pas l'amour. Ce n'est pas la peine de s'aimer tous." Cette nuance révèle sa philosophie pragmatique du vivre-ensemble.
Un héritage familial et artistique
Le livre de Ginette Kolinka et Catel s'inscrit dans une démarche de transmission familiale. Richard Kolinka, son fils et batteur du groupe Téléphone, a longtemps ignoré l'histoire de sa mère. C'est à travers ce projet que plusieurs générations se sont mobilisées pour préserver cette mémoire.
Catel souligne l'importance de ce travail collectif : "Notre livre sert à garder votre mémoire. Il va aller dans les écoles, dans les bibliothèques."
Face à la montée des intolérances dans le monde, ce témoignage graphique rappelle que la vigilance reste nécessaire. Comme le constate Ginette Kolinka : "Le monde redevient extrêmement violent."