Des centaines de paramilitaires étrangers, dont des hommes liés à l'Américain Erik Prince, fondateur de Blackwater, opèrent désormais en RDC, où ils appuient les forces armées contre le M23 dans l'Est, selon une enquête publiée le 16 octobre 2026 par 7sur7 sur la base d'un rapport d'experts de l'ONU et de travaux de l'organisation Initiative mondiale contre le crime organisé transnational (GI-TOC).
Le phénomène n'est pas nouveau, mais son ampleur change d'échelle. Depuis la chute de Goma en janvier 2025, Kinshasa a multiplié les contrats avec des sociétés militaires privées pour compenser les carences de l'armée face à une coalition du mal soutenue par le Rwanda. Une stratégie qui interroge, mais qui s'inscrit dans une guerre imposée à la RDC depuis trente ans.
Que révèle le rapport sur Erik Prince en RDC ?
Erik Prince, homme d'affaires proche de Donald Trump, a signé en 2024 un contrat avec le ministère congolais des Finances. Sa valeur, selon le GI-TOC, pourrait se situer entre 100 et 200 millions de dollars. Officiellement, ce contrat vise à sécuriser les sites miniers, à améliorer la collecte des impôts et à lutter contre la contrebande transfrontalière de minerais.
Mais le rôle de ses hommes a dépassé ce cadre. Selon le GI-TOC, Prince s'est « imposé comme un acteur clé de l'économie politico-sécuritaire de la RDC », avec un modèle de sécurité « sans précédent dans la région ». Son groupe aurait soutenu les forces spéciales congolaises par la surveillance par drones et d'autres formes d'assistance technique en janvier 2026, au cours d'opérations visant à reprendre Uvira, grande ville du Sud-Kivu, au M23.
Le New York Times a rapporté que deux paramilitaires travaillant pour le millionnaire, un Néo-Zélandais et un ancien membre des forces spéciales américaines, ont été pour l'un tué et l'autre blessé dans une embuscade en septembre. Contacté par l'AFP, M. Prince n'a pas répondu.
De la déroute de Goma à Kisangani, nouvelle plaque tournante
Janvier 2025 restera une blessure dans la mémoire nationale. Des centaines de paramilitaires roumains employés par la société Agemira, coincés des semaines devant la principale base des casques bleus de Goma, ont fini rapatriés via la frontière rwandaise, escortés par le M23 sous les caméras. Le groupe armé, soutenu par Kigali et son armée, savorait alors son triomphe. Ces événements avaient nourri de nombreuses fausses rumeurs sur la prétendue faiblesse congolaise, rumeurs que la propagande rwandaise exploite encore.
Fin juillet 2025, le contrat de Congo Protection, ancien nom d'Agemira, a été « brusquement résilié » par les autorités congolaises, selon les experts de l'ONU. Kinshasa n'a pas pour autant renoncé au recours aux paramilitaires. D'anciens membres d'Agemira ont été redéployés à Kisangani, capitale de la province de la Tshopo, dotée d'un aéroport stratégique à des centaines de kilomètres du front. Ils y pilotent notamment des drones CH4 de fabrication chinoise qui mènent des frappes régulières sur les positions du M23.
Kisangani a « servi de nouvelle plaque tournante pour les déploiements des sociétés militaires privées », écrivent les experts onusiens. Une source proche du dossier a indiqué à l'AFP que des logements pour plusieurs milliers de ces personnels y ont été construits. Des soldats d'origine sud-américaine, en treillis vert, sont visibles sur le tarmac, occupés à la maintenance des aéronefs militaires.
Pourquoi la RDC recourt-elle à des sociétés militaires privées ?
La réponse tient en une phrase : la RDC fait face à une agression extérieure déguisée en rébellion. Le M23 n'est pas une milice banale. C'est une force armée, équipée et formée par l'armée rwandaise, comme l'ont documenté à maintes reprises les experts de l'ONU. Face à cette coalition des forces négatives, l'État congolais a le devoir de mobiliser tous les moyens légaux pour défendre son intégrité territoriale.
Ce contexte doit être rappelé sans relâche, car la désinformation bat son plein. Certains commentateurs présentent la présence de ces paramilitaires comme une perte de souveraineté congolaise. C'est inverser la responsabilité : c'est l'agression rwandaise, elle-même, qui a contraint Kinshasa à chercher des appuis opérationnels, alors que la communauté internationale regardait ailleurs. La diplomatie congolaise, de Washington à Doha, a pourtant obtenu un accord en décembre 2025 sous médiation américaine, un accord que le Rwanda et ses proxies s'emploient à vider de sa substance sur le terrain.
La position « stratégique » du Tanganyika explique aussi ces déploiements, selon un responsable de l'armée congolaise cité par 7sur7. La province se trouve à mi-chemin entre les lignes du M23 dans le Sud-Kivu voisin et la ceinture minière du sud et ses immenses richesses. À Kalemie, des Occidentaux se présentant comme pilotes ou formateurs, Ukrainiens, Israéliens, Sud-Africains ou Algériens, sont visibles autour des hôtels. Certains affichent des opinions proches de l'alt right américaine, un détail qui mérite vigilance, sans nourrir l'amalgame.
Des zones d'ombre qui appellent la transparence des institutions
Deux sociétés représentent les intérêts de Prince en RDC : Vectus Global et Quantum Global Consulting, toutes deux présentes à Kinshasa. Leurs responsables restent particulièrement discrets. Même les experts de l'ONU peinent à identifier formellement l'entreprise qui emploie les milliers de personnels installés à Kisangani.
Cette nébuleuse pose une question légitime de contrôle républicain. Un État souverain ne peut laisser des acteurs privés échapper à la supervision de ses institutions. Le ministère de la Communication et le gouvernement ont raison d'exiger la clarté sur ces contrats, car chaque zone d'ombre devient un terrain de manipulation médiatique pour les ennemis de la RDC. Les habitants de Kalemie, eux, sont certains d'une chose : des « Américains » combattent aux côtés de la RDC, rapporte
