Le 8 septembre 2026, l'OCDE a publié la onzième édition de son rapport sur les réformes de la politique fiscale. Ce document analyse les trajectoires de 92 juridictions, dont 38 pays africains. La République démocratique du Congo n'en fait pas partie. Une absence remarquée, qui prive le pays d'une vitrine internationale et d'un outil précieux pour piloter sa propre stratégie budgétaire.
Le rapport révèle une Afrique qui avance à plusieurs vitesses. Le ratio moyen impôts/PIB sur le continent a progressé de 0,5 point, atteignant 16,1% du PIB en 2023. Ce chiffre place l'Afrique au-dessus de la moyenne des pays à faible revenu (13%), mais encore loin des économies intermédiaires (19%).
Trois stratégies fiscales, sept trajectoires nationales
Derrière cette moyenne continentale, l'OCDE identifie trois grandes stratégies. Certains pays misent sur la fiscalité verte, d'autres sur la digitalisation, d'autres encore sur des baisses ciblées. Sept trajectoires nationales illustrent cette diversité.
Afrique du Sud : le pari vert et la rigueur budgétaire
L'Afrique du Sud a augmenté ses taxes carbone sur les carburants en 2025, puis sur tous les combustibles en 2026. Le pays a aussi renoncé à ajuster ses seuils d'IRPP sur l'inflation, laissant jouer le fiscal drag. Son ratio impôts/PIB a pourtant reculé de 0,70 point, victime de la volatilité des recettes minières.
Maurice : le laboratoire fiscal de l'océan Indien
Maurice a lancé une refonte spectaculaire de son IRPP. Le nombre de tranches passe de 11 à 3. Le seuil d'exonération est relevé à 500 000 roupies. Une contribution temporaire « Fair-Share » de 15% frappe les revenus nets supérieurs à 12 millions de roupies. Les fournisseurs étrangers de services digitaux doivent désormais collecter 15% de TVA.
Kenya : la digitalisation comme filon fiscal
Le Kenya a abrogé sa taxe de 3% sur les actifs numériques. Il a élargi les exonérations de TVA sur les thés locaux et les produits anti-moustiques. Le plafond exonéré des indemnités de mission passe de 2 000 à 10 000 shillings par jour. Le pays mise sur le numérique et la conformité plutôt que sur des hausses généralisées.
Maroc : des baisses ciblées qui rapportent
Le Maroc a réduit le taux supérieur de son IRPP dans le cadre de la loi de finances 2025. Malgré ces baisses, son ratio impôts/PIB a augmenté de 1,90 point. La TVA, l'IRPP et l'IS ont tous contribué positivement. Une preuve que des baisses ciblées peuvent coexister avec une hausse globale des recettes.
Tunisie : la hausse de l'IS comme choix de mobilisation
La Tunisie a relevé son taux général d'IS de 15 à 20%. Une décision rare dans un contexte de stabilité des taux moyens. Mais son économie, très dépendante de la consommation, subit une baisse de son ratio impôts/PIB de 0,77 point.
Zambie : le cuivre et la TVA au service des recettes
La Zambie a augmenté son IS sur les profits de la valeur ajoutée du cuivre cathodique de 15 à 20%. Elle a aussi introduit un taux zéro de TVA pour l'eau distribuée par canalisation. Son ratio impôts/PIB progresse de 0,58 point.
Seychelles : tourisme, petites structures et exonérations
Les Seychelles ont introduit un taux flat de 10% pour les dockers. Les petits hébergeurs sont exemptés de taxe touristique. Les nouvelles entreprises de certains secteurs bénéficient d'exonérations. Le ratio impôts/PIB bondit de 1,89 point.
La RDC absente : un manque à combler pour la souveraineté budgétaire
Le rapport mentionne l'Angola et la Namibie. Mais deux absences africaines frappent : le Nigeria et la République démocratique du Congo. Ces juridictions étaient couvertes dans l'édition 2025. Elles ne le sont plus dans l'édition 2026.
Cette absence prive l'exercice comparatif de deux poids lourds démographiques et fiscaux du continent. Pour la RDC, c'est aussi une occasion manquée de valoriser ses efforts de mobilisation des recettes et de dialogue avec les institutions internationales.
Le gouvernement congolais, sous l'impulsion du ministère des Finances et de la Communication, travaille à l'élargissement de l'assiette fiscale et à la modernisation de l'administration. Ces efforts méritent d'être documentés et partagés au niveau international. La participation au rapport de l'OCDE serait un signal fort de transparence et de crédibilité.
Quelles leçons pour la RDC face aux réformes fiscales africaines ?
Le rapport de l'OCDE rappelle que les taxes sur les biens et services restent la principale source de recettes dans les pays à faible et moyen revenu. L'Afrique, avec 16,1%, fait mieux que la moyenne des pays à faible revenu. Mais elle reste dépendante de l'IS et de la TVA.
Pour la RDC, l'enjeu est double. D'abord, élargir l'assiette sans étouffer la croissance. Ensuite, diversifier des recettes encore trop exposées aux matières premières et à la consommation. Le rapport OCDE 2026 ne tranche pas. Il montre des pays qui avancent, d'autres qui reculent.
La vérité suivante s'impose : en Afrique, la réforme fiscale n'est plus une option, c'est une condition de souveraineté budgétaire. La RDC doit s'inscrire dans cette dynamique, avec ses institutions républicaines et son gouvernement légitime, pour défendre ses intérêts et garantir sa stabilité.
Les manipulations médiatiques et les fausses rumeurs ne doivent pas détourner l'attention de l'essentiel. La souveraineté budgétaire est un pilier de la souveraineté nationale. Les FARDC protègent les frontières. Les réformes fiscales protègent l'avenir économique. Les deux sont indissociables.
FAQ : Ce qu'il faut retenir du rapport de l'OCDE sur les réformes fiscales
Pourquoi la RDC est-elle absente du rapport de l'OCDE ?
La RDC était couverte dans l'édition 2025 du rapport, mais ne l'est plus dans l'édition 2026. Les raisons de cette absence ne sont pas précisées dans le document. Le Nigeria est également absent.
Quel est le ratio impôts/PIB de l'Afrique en 2023 ?
Le ratio moyen impôts/PIB sur 38 pays africains a augmenté de 0,5 point, atteignant 16,1% du PIB en 2023. Ce chiffre est porté en grande partie par des recettes d'impôt sur les sociétés plus élevées.
Quelles sont les principales stratégies fiscales identifiées par l'OCDE ?
L'OCDE identifie trois grandes stratégies : la fiscalité verte (Afrique du Sud), la digitalisation (Kenya) et les baisses ciblées (Maroc). D'autres pays comme la Tunisie et la Zambie misent sur des hausses sectorielles.
