Le rappeur Tiakola, de son vrai nom William Mundala, a surpris son public en annonçant que le clip de son nouveau titre Caméléon serait disponible uniquement sur X, et non sur YouTube. Un choix que beaucoup interprètent comme un acte de soutien aux artistes afro francophones, qui dénoncent depuis longtemps le manque de rémunération sur la plateforme vidéo.
Originaire de la Courneuve mais profondément attaché à ses racines congolaises, Tiakola déclare sa flamme au Congo dans ce morceau aux sonorités gospel et rap. Le rappeur de 26 ans, ancien membre du groupe 4Keus, a précisé sur Instagram que le clip est dispo uniquement sur X, une décision qui a immédiatement suscité des réactions passionnées chez ses fans.
Pourquoi Tiakola a-t-il choisi X plutôt que YouTube ?
Il y a trois mois, à l'occasion de la sortie de son morceau Mélo Décalé, Tiakola avait déjà demandé aux plateformes de monétiser les clips afros francophones. Son engagement n'est pas nouveau. L'artiste, qui a collaboré avec Asake et Wizkid, s'était joint à ceux qui réclament une rémunération équitable pour l'ensemble des clips africains. Ses auditeurs y voient la motivation principale de ce choix audacieux.
Le Programme Partenaire de YouTube, source d'inégalités
Le constat est sans appel. Coup du marteau, l'hymne non officiel de la Coupe d'Afrique des Nations 2023, a généré plus de 170 millions de vues sur YouTube. Pourtant, son interprète Tam Sir n'a perçu que 971 euros. Un exemple frappant parmi tant d'autres.
Le Programme Partenaire de YouTube permet aux créateurs éligibles de placer des publicités et de générer des revenus. Mais sur la centaine de pays concernés, seulement douze se trouvent en Afrique. Et pour les pays francophones, seuls l'Algérie, le Maroc, la Tunisie et le Sénégal en bénéficient. La République démocratique du Congo et la Côte d'Ivoire, pourtant riches en artistes talentueux, sont exclues de ce dispositif.
Une rémunération encore trop faible pour les artistes africains
Les artistes africains contribuent massivement à la popularité de ces plateformes, mais vivent difficilement de leur art. Le label Warner Music confirme que la non-monétisation de ces territoires représente un important manque à gagner aussi bien pour les artistes internationaux écoutés dans ces régions que pour les artistes locaux vivant dans ces territoires.
Même dans les pays éligibles, la rémunération reste dérisoire. Là où les interprètes européens perçoivent plusieurs euros par visionnage, leurs homologues africains reçoivent des centimes. Une injustice difficile à accepter pour la RDC et la Côte d'Ivoire, qui regorgent d'artistes certifiés.
Quelles solutions pour les artistes congolais ?
Le gouvernement ivoirien a déjà annoncé que la monétisation des contenus numériques serait une priorité pour 2026. Certains artistes se tournent vers des plateformes comme Spotify, mais les revenus restent inférieurs à ceux des artistes européens.
Tiakola n'a pas officiellement confirmé les raisons de son choix. Le lendemain de son annonce, il a d'ailleurs diffusé quelques titres de son album sur YouTube. Une responsable de sa communication a précisé : Les clips de l'album sont tous sur YouTube, nous ne boycottons donc pas cette plateforme. Néanmoins, le combat pour la monétisation est important pour Tiakola.
Ce geste rappelle que la souveraineté artistique passe aussi par une juste rémunération. Les artistes congolais et africains méritent mieux que des miettes. Le combat continue.
