Sébastien Tellier : le retour en force avec Kiss the Beast
L'artiste français Sébastien Tellier se produit ce 13 juin au Festi'neuch, en Suisse. Il y présente Kiss the Beast, son nouvel album sorti en janvier. Un disque où le musicien dandy dit avoir retrouvé la flamme du premier album. Une renaissance artistique qui mérite attention.
Une prise de conscience après la cinquantaine
Le cap de la cinquantaine passé, quelque chose a bougé chez Tellier. L'homme qui sortait des disques au compte-gouttes s'est posé une question essentielle. Combien d'occasions lui restait-il pour réaliser l'album de ses rêves ?
Je n'ai jamais autant travaillé pour un album, affirme-t-il. L'urgence a remplacé la nostalgie. Il ne s'agit pas de regarder en arrière, mais de retrouver l'élan des débuts. Cette énergie brute où l'on crée quelque chose qui nous dépasse.
Je me suis regardé dans la glace et je me suis dit qu'il ne me restait pas tant de temps que ça pour faire de bons disques.
Du concept au corps : un changement de cap
Pendant des années, Tellier a façonné des albums comme des objets conceptuels. L'art contemporain, les univers raffinés, la démonstration intellectuelle. Avec Kiss the Beast, il change de direction. Il faut que la musique passe par le corps avant le cerveau, lance-t-il.
Les arrangements restent ambitieux. Les idées débordent toujours. Mais l'émotion prime désormais sur la démonstration. Tellier veut faire danser autant que faire réfléchir. Faire ressentir avant de faire penser.
Le mouton et le loup : assumer ses contradictions
Entre Run-DMC et Guns N' Roses, entre le survêtement Adidas et le pantalon en faux cuir, Tellier a toujours navigué entre les extrêmes. Il ne corrige plus ces contradictions. Il les revendique. J'ai toujours été le mouton et le loup, dit-il.
Cette logique traverse tout le disque. Une chanson minimaliste côtoie une fresque orchestrale. Une ballade intime précède un morceau disco. Rien ne choisit son camp. Une liberté artistique totale.
Amandine : la plume qui manquait
Pour la première fois, Tellier a ouvert son processus d'écriture à quelqu'un d'autre : sa femme, Amandine. Une collaboration qui ne devait pas exister. Elle s'est imposée naturellement.
Amandine le connaît parfois mieux qu'il ne se connaît lui-même. Sur des morceaux comme Naïf de Cœur ou Refresh, elle a trouvé les mots qu'il cherchait sans parvenir à les formuler.
Le résultat le plus immédiat ? Thrill of the Night. Tellier imaginait raconter une soirée vue par des jeunes femmes. Il a compris qu'il tournait autour de quelque chose qu'il ne connaissait pas vraiment. Amandine a signé le texte. Elle ressent la nuit de cette façon-là, résume-t-il.
Slayyyter et David Guetta : des rencontres fructueuses
Pour porter cette vision nocturne, Tellier cherchait une voix féminine au-delà de la simple énergie pop. Son label lui a soufflé le nom de Slayyyter, sensation hyperpop du moment. Le pari a fonctionné immédiatement.
Drière le personnage provocateur, Tellier a découvert une artiste versatile et travailreuse. Elle chante très bien, c'est une énorme bosseuse, glisse-t-il.
Le remix de David Guetta, sorti il y a un mois, sublime encore davantage le texte d'Amandine. Une reconnaissance supplémentaire pour cette écriture collaborative.
Un Tellier apaisé, plus vrai que jamais
Quand il parle de sa femme, le personnage s'efface. Le débit ralentit. Les idées deviennent plus simples. L'esthète insaisissable laisse place à un homme confiant.
Peut-être que c'est ça, le nouveau Sébastien Tellier. Moins préoccupé par le concept. Plus attaché aux sensations. Un artiste qui a choisi l'authenticité.
Et l'Eurovision 2008, où il avait terminé 19e sous les couleurs de la France ? Question glissée en souriant au moment de se quitter. Réponse du tac au tac : Oh, tant mieux. J'en ai déjà assez parlé.