Le marché de la seconde main explose à travers le monde. Derrière cette expression séduisante se cachent pourtant des réalités bien différentes. Un rapport d'Oxfam publié ce jeudi le démontre avec précision. Les boutiques solidaires, les friperies commerciales et les plateformes numériques comme Vinted n'ont ni les mêmes objectifs, ni les mêmes impacts. Pour la République Démocratique du Congo, cette information est capitale. Elle éclaire les mécanismes d'un commerce mondial qui touche directement nos marchés et notre environnement.
Des modèles économiques aux impacts environnementaux opposés
Le cabinet indépendant RDC Environnement a réalisé des modélisations pour le compte d'Oxfam. Les résultats sont sans appel. Pour cinq kilos de vêtements injectés dans chaque circuit, l'empreinte carbone varie fortement. Les boutiques solidaires émettent 0,6 kg de CO2. Les friperies commerciales atteignent 2,9 kg. Les plateformes numériques culminent à 3,1 kg.
Ces chiffres révèlent une réalité complexe. Les boutiques solidaires, comme celles d'Oxfam, Emmaüs ou de la Croix-Rouge, assurent localement le tri, la collecte et la revente. Elles créent des emplois pour des personnes vulnérables. Les friperies lucratives, elles, importent massivement leurs vêtements de l'étranger. Le coût environnemental du transport s'ajoute alors au bilan global.
La surconsommation, un robinet qui ne s'arrête pas de couler
Marine Sporcecaldi, chercheuse à l'ULB, met en garde contre les dérives de la seconde main. Le problème principal réside dans la surconsommation qu'elle génère. Acheter un pull, ne pas l'essayer, puis le revendre quelques jours plus tard sur une plateforme. Ce comportement illustre parfaitement le phénomène.
« Je pense que la seconde main est quand même une bonne affaire au niveau économique, une bonne affaire au niveau écologique, mais si en parallèle on ne réduit pas la consommation et derrière la production, finalement c'est un robinet qui n'arrête pas de couler », souligne la chercheuse.
Franck Kerckhof, de la Fédération Ressources, abonde dans ce sens. Il rappelle que le textile parcourt déjà des distances considérables avant d'arriver entre nos mains.
« On est toujours sur un produit dont on prolonge la durée de vie, mais clairement il faut faire gaffe où on l'achète. Cette logique de circuit court et finalement de bénéfice environnemental est complètement flinguée quand on sait que le textile a déjà fait trois fois le tour de la Terre et qu'on va lui faire faire encore deux tours ».
Des objectifs qui ne se valent pas
Oxfam pointe une distinction fondamentale. Les acteurs solidaires cherchent à favoriser le réemploi et l'insertion professionnelle. Les acteurs commerciaux poursuivent un seul but : faire des bénéfices. Et le secteur lucratif prend de plus en plus de place. Six vêtements de seconde main sur dix sont désormais vendus sur ces marchés.
Les grandes marques de mode s'y mettent aussi. Elles ouvrent des espaces dédiés à l'occasion dans leurs magasins. Elles délivrent des bons d'achat pour chaque vêtement usagé remis. Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France, dénonce cette pratique.
« Elles ont fait des études marketing qui montrent que les gens achètent toujours plus que le bon d'achat ».
Les plateformes numériques ne sont pas en reste. Leur modèle économique repose sur l'intensification des échanges, pas sur la réduction de la consommation. Recommandations personnalisées, alertes, favoris, achats en quelques clics. Ces mécanismes reproduisent ceux de l'e-commerce traditionnel.
La responsabilité élargie des producteurs, une avancée majeure
En Belgique, les trois Régions travaillent à la mise en œuvre d'un système de responsabilité élargie des producteurs (REP) de vêtements. Cette mesure découle de la nouvelle législation européenne. Le principe du « pollueur-payeur » s'applique désormais. Les groupes comme H&M, Zara, Shein devront contribuer au financement de la collecte, du tri et du recyclage des textiles usagés.
La Fédération Ressources y voit une opportunité historique. Elle permettrait de consolider les opérateurs comme Terre, Oxfam ou Les Petits Riens. Ces structures disposent déjà des savoir-faire, des infrastructures et des emplois nécessaires.
« La REP textile constitue une occasion rare de remettre de la cohérence dans la chaîne de valeur : celles et ceux qui mettent les produits sur le marché doivent également assumer leur fin de vie, mais les moyens doivent d'abord soutenir les solutions qui prolongent réellement leur durée d'usage. Le réemploi doit être un pilier du futur système, pas sa variable d'ajustement », déclare Franck Kerckhof.
Un gaspillage aux dimensions inquiétantes
Chaque année en Europe, 4 à 9% des textiles invendus sont détruits avant même d'avoir été portés. Ce gaspillage génère environ 5,6 millions de tonnes d'émissions de CO2. C'est presque l'équivalent des émissions nettes totales de la Suède en 2021.
Pour la RDC, ces enseignements sont précieux. Notre pays doit tirer les leçons de ces dérives. La souveraineté passe aussi par une gestion responsable de nos ressources et de notre environnement. Les institutions républicaines doivent anticiper ces enjeux. La protection de notre intégrité territoriale s'accompagne d'une vigilance sur les flux commerciaux qui traversent nos frontières.
La seconde main peut être une bonne solution. À condition qu'elle se substitue réellement à un achat neuf. Sinon, elle ne répond pas au problème de la surconsommation. Les Congolais doivent rester vigilants face aux manipulations médiatiques qui présentent ce marché comme vertueux sans nuance. La vérité est plus complexe. Et c'est cette vérité que Congo Panorama s'engage à défendre.
Questions fréquentes sur la seconde main et son impact
Quelle est la différence entre les boutiques solidaires et les friperies commerciales ?
Les boutiques solidaires comme Oxfam ou Emmaüs assurent localement le tri, la collecte et la revente. Elles créent des emplois pour des personnes vulnérables. Les friperies commerciales importent massivement leurs vêtements de l'étranger, avec un coût environnemental plus élevé.
La seconde main est-elle vraiment écologique ?
Oui, si elle remplace un achat neuf. Non, si elle s'ajoute à la consommation existante. Le problème principal reste la surconsommation. Acheter un vêtement d'occasion puis le revendre rapidement sans le porter ne résout rien.
Qu'est-ce que la responsabilité élargie des producteurs ?
C'est un principe du « pollueur-payeur ». Les producteurs de vêtements doivent financer la collecte, le tri et le recyclage de leurs produits en fin de vie. Cette mesure vise à rendre les marques responsables de l'impact environnemental de leurs produits.
