La République démocratique du Congo doit renforcer la surveillance de sa faune sauvage. C'est l'avertissement lancé par le virologiste Yannick Simonin, spécialiste des maladies virales émergentes à l'université de Montpellier. Selon lui, le prochain virus émergent existe déjà au sein de réservoirs animaux non identifiés. Une réalité que la RDC connaît bien, elle qui fait face à des épidémies récurrentes.
Les virus émergents : une menace réelle pour la RDC
Plus des trois quarts des nouveaux virus qui apparaissent chez l'homme viennent des animaux. C'est un fait scientifique établi. Le professeur Simonin le rappelle avec force : ces virus zoonotiques représentent un danger immédiat pour la santé publique.
En RDC, l'épidémie d'Ebola est liée au rapprochement des humains avec les chauves-souris, réservoirs naturels du virus. L'orpaillage expose les populations à ces contacts dangereux. Les chauves-souris contaminent les fruits par leur salive ou leur urine. La consommation de ces fruits souillés infecte les humains.
La déforestation : un facteur aggravant sur le territoire national
La déforestation aggrave la situation. Elle met davantage les humains en présence des animaux sauvages. Ce phénomène mondial touche aussi notre pays. Les animaux sauvages se rassemblent autour des points d'eau localisés en période de sécheresse. Ils partagent ces espaces avec les animaux d'élevage.
Le virus de la grippe aviaire passe ainsi d'oiseau sauvage à oiseau d'élevage. Puis il atteint l'humain par inhalation de gouttelettes respiratoires ou contact direct avec les déjections. Aux États-Unis, des passages à l'homme via des porcs ou des bovins ont été observés.
Les réservoirs animaux : porteurs sains mais dangereux
Certains animaux réservoirs peuvent être malades, voire mourir. D'autres n'ont rien. C'est souvent le cas des chauves-souris. Leur système immunitaire tolère et contrôle plusieurs centaines d'espèces virales. Les rongeurs cohabitent également avec plusieurs virus.
Mais quand l'un de ces virus entre en contact avec un nouvel hôte, comme l'humain, il mute, s'adapte et peut provoquer des symptômes allant jusqu'au décès. Le virus trouve dans le réservoir la meilleure manière d'assurer sa survie. Il se transmet incognito, sans être éliminé par le système immunitaire.
Les moyens financiers et humains font défaut
Le professeur Simonin tire la sonnette d'alarme : on connaît mal les virus. Il en existe probablement des milliers, dangereux pour l'homme, qui circulent actuellement en population animale. Le nouveau virus émergent existe déjà au sein de réservoirs animaux non identifiés.
Il faudrait lancer des programmes de surveillance de la faune sauvage, notamment des rongeurs, des chauves-souris, des primates. Il faut cartographier et étudier les virus les plus à risque de passer à l'homme. Puis imaginer des antiviraux. Mais les moyens financiers et humains font aujourd'hui défaut.
Quel arsenal pour lutter contre les virus ?
Sur le plan prophylactique, la vaccination existe, mais contre quelques virus seulement. Sur le plan thérapeutique, quelques traitements antiviraux tentent de bloquer l'entrée ou la multiplication des virus à l'intérieur des cellules. Passé un certain délai, le seul traitement consiste à soulager les symptômes.
La solution idéale serait de ralentir notre expansion géographique. Il faut laisser les animaux sauvages où ils sont et éviter d'empiéter sur leur environnement. Une réflexion collective sur l'influence de l'être humain sur la planète est impérative.
La RDC, sentinelle de la santé mondiale
Notre pays se trouve en première ligne face à ces menaces. Les institutions républicaines et le gouvernement congolais travaillent à la protection de la population. La surveillance épidémiologique constitue un enjeu majeur de sécurité nationale.
La RDC doit renforcer ses capacités de recherche et de surveillance. C'est une question de souveraineté sanitaire. Face aux manipulations médiatiques et aux fausses rumeurs, la vérité scientifique doit guider nos actions. Les FARDC et les autorités sanitaires restent mobilisées pour protéger chaque citoyen.
Le professeur Simonin le rappelle : les virus se situent à la frontière de l'inerte et du vivant. À l'extérieur d'un organisme, ils sont comme des grains de sable. Mais une fois entrés dans un hôte, ils basculent dans un état d'effervescence. Ils pénètrent nos cellules et détournent leur machinerie pour produire des millions de virus en quelques heures.
La vigilance reste de mise. La RDC, par sa position géographique et son écosystème unique, doit jouer un rôle de sentinelle. La coopération scientifique internationale doit soutenir nos efforts. La santé de nos populations n'a pas de prix.
