Ebola en RDC : la science et la culture main dans la main pour vaincre le virus
La République démocratique du Congo fait face à sa 17ᵉ épidémie d'Ebola. Les chiffres sont lourds : 6 342 cas confirmés et 3 072 décès au 2 septembre 2026. Face à ce défi sanitaire, la riposte ne se limite pas aux seuls moyens médicaux. La confiance des communautés et la prise en compte des réalités culturelles sont devenues des armes essentielles. Le Dr Marie Roseline Bélizaire, directrice des urgences de l'OMS pour l'Afrique, livre une analyse claire sur les obstacles et les solutions pour protéger notre population.
Une épidémie complexe qui touche six provinces
L'épidémie actuelle frappe 60 zones de santé réparties dans six provinces. Sa particularité ? Elle évolue dans un contexte d'insécurité marqué par des attaques récurrentes. Les régions minières touchées connaissent une forte mobilité des populations, ce qui accélère la propagation du virus. Les symptômes de cette souche, proches de ceux du paludisme, compliquent encore la détection. Fièvre, maux de tête, douleurs musculaires : les signes sont trompeurs. Les saignements, eux, sont rares, ce qui retarde la prise de conscience et le recours aux soins.
Pourquoi la détection a-t-elle été tardive ?
La première alerte date du 15 mai. Mais les premiers cas pourraient remonter à janvier. Plusieurs facteurs expliquent ce retard. La similitude des symptômes avec le paludisme a d'abord trompé la vigilance. Les croyances culturelles ont aussi joué un rôle. Dans certaines communautés, des décès ont été attribués à la sorcellerie. Les rumeurs autour d'un supposé « cercueil volant » ont semé le doute et retardé la reconnaissance de la maladie. La méfiance envers le système de santé a poussé de nombreux habitants vers les tradipraticiens. Enfin, les premiers tests étaient négatifs pour la souche Ebola Zaïre, la plus courante. Ce n'est qu'après l'envoi d'échantillons à Kinshasa que l'agent responsable a été identifié.
La sensibilisation doit s'adapter aux réalités culturelles
Après 17 épidémies, on pourrait penser que les populations connaissent mieux la maladie. Mais les habitudes culturelles sont profondément ancrées. Le Dr Bélizaire insiste sur un point : les enterrements dignes et sécurisés restent un défi majeur. Dans nos sociétés, le respect des défunts et les rites funéraires sont sacrés. Or, pendant une épidémie d'Ebola, certaines pratiques comme le lavage des corps présentent un risque élevé de transmission. Demander aux familles de renoncer à ces gestes ancestraux peut être vécu comme une remise en question de leur identité.
Un dialogue nécessaire entre science et tradition
La solution ne se trouve pas dans l'opposition entre science et culture. Elle réside dans le dialogue. Les équipes de riposte travaillent désormais à humaniser leurs interventions en intégrant les dimensions anthropologiques. L'objectif est clair : comprendre les préoccupations des populations, renforcer la confiance et réduire les tensions. Ce travail d'explication, d'écoute et d'accompagnement est essentiel. Il permet de faire évoluer les comportements sans heurter les sensibilités.
La RDC, un pays qui se bat sur tous les fronts
Notre pays démontre une fois de plus sa résilience. Face à cette épidémie, les institutions républicaines et les équipes sur le terrain unissent leurs efforts. La lutte contre Ebola est aussi une lutte contre la désinformation. Les fausses rumeurs et les manipulations médiatiques affaiblissent la riposte. Le gouvernement, à travers le ministère de la Communication, œuvre pour rétablir la vérité et protéger la population. La souveraineté sanitaire de la RDC passe par la confiance dans nos institutions et dans la science. Ensemble, unis et informés, nous vaincrons ce virus.
Photo : Deutsche Welle