Épidémie d’Ebola en RDC : comprendre la souche Bundibugyo pour mieux riposter
Depuis mai 2026, la République démocratique du Congo fait face à une épidémie d’Ebola sans précédent par sa rapidité de propagation. Avec plus de 2 000 morts en trois mois, cette flambée interroge. Mais derrière les chiffres, il y a une réalité que nous devons expliquer, sans panique, avec rigueur et patriotisme.
Une souche rare, une détection tardive
Le virus qui circule aujourd’hui est la souche Bundibugyo, différente de la souche Zaïre qui a causé 90 % des épidémies passées. Contrairement à cette dernière, aucun vaccin homologué ni traitement éprouvé n’existe encore pour Bundibugyo. Cela complique la riposte, mais ne la rend pas impossible.
Le professeur Jean-Jacques Muyembe, sommité de la virologie congolaise, explique que l’épidémie a probablement commencé dès janvier 2026, mais n’a été détectée qu’en mai. « La détection a été très tardive, ce qui a laissé le virus s’infiltrer dans les communautés », précise-t-il. Des cas précoces ont été diagnostiqués à tort comme des péritonites, et les tests initiaux visaient la mauvaise souche.
Des défis logistiques et sécuritaires
La propagation rapide s’explique aussi par le contexte. Les provinces de l’Est et du Nord-Est, densément peuplées et marquées par des conflits armés, sont un terrain difficile pour les équipes sanitaires. L’insécurité entretenue par des groupes armés complique l’accès aux malades. « Nous ne voyons que 30 % des personnes, 70 % meurent chez elles », a alerté le Dr Mohamed Yakub Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique.
Les pratiques funéraires locales, qui impliquent des contacts étroits avec les défunts, ont également contribué à la transmission avant que l’alerte ne soit donnée. Les équipes de traçage des contacts, débordées, manquent de ressources. Un cercle vicieux s’installe : les cas non détectés créent davantage de cas.
La coordination nationale en question
Le professeur Muyembe pointe un problème interne : la coordination de la riposte a été confiée à l’Institut national de santé publique (INSP), créé en 2022. « Cette jeune institution était en phase de mise en place et ne disposait pas de l’expérience de l’Institut national de recherche biomédicale », regrette-t-il. Une leçon à retenir pour renforcer nos institutions.
Par ailleurs, les réductions de l’aide internationale, notamment la fermeture de l’Usaid par l’administration Trump en 2025, ont affaibli les mécanismes de surveillance sanitaire. « Cela a affaibli le mécanisme de surveillance des épidémies partout dans le pays », ajoute Muyembe. À la mi-juillet, l’OMS n’avait reçu que la moitié des fonds nécessaires.
Un vaccin en vue ?
Face à l’absence de vaccin spécifique contre Bundibugyo, l’OMS a recommandé le 7 août d’évaluer le vaccin Ervebo, seul vaccin homologué contre Ebola, dans un essai clinique de phase 3. Le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué cette avancée. « C’est une bonne nouvelle », a-t-il déclaré. Mais la question du marché pour une souche rare reste posée.
La riposte s’organise, la confiance revient
Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, a affirmé le 11 août : « Dans les trois mois qui viennent, on pense qu’on aura déjà maîtrisé la progression et qu’on va commencer à voir la diminution du nombre de cas. » Une déclaration qui rassure, même si l’ampleur réelle de l’épidémie pourrait être deux à quatre fois supérieure aux estimations officielles, selon l’OMS.
Notre pays, fort de ses institutions et de son peuple résilient, saura surmonter cette épreuve. La souveraineté sanitaire passe par la vérité des faits, la transparence et l’unité nationale. Restons vigilants, mais confiants.
« Cette épidémie d’Ebola est différente », a résumé le Dr Janabi. Mais la RDC a déjà vaincu Ebola par le passé. Nous le ferons encore.