RDC : 14 inculpés renvoyés en justice dans l'affaire Semlex, une victoire contre la corruption
La justice belge a franchi un pas décisif. La Chambre du conseil de Bruxelles a renvoyé 14 personnes devant le tribunal correctionnel dans l'affaire des passeports biométriques congolais fabriqués par Semlex. Cette décision marque une avancée majeure dans la lutte contre la corruption internationale qui a spolié la République démocratique du Congo.
Que reproche-t-on à Semlex et aux autres inculpés ?
Le fabricant belge Semlex est soupçonné d'avoir mis en place un vaste mécanisme de corruption. Les faits présumés sont graves : corruption d'agents publics étrangers, blanchiment d'argent et fraude fiscale. Près de 60 millions de dollars auraient été détournés au détriment du peuple congolais.
Parmi les inculpés figurent le dirigeant de Semlex, Albert Karaziwan, ainsi qu'Emmanuel Adrupiako, ancien conseiller financier de l'ex-président Joseph Kabila. Des cadres de l'entreprise, des intermédiaires financiers et des personnes proches de l'ancien pouvoir sont également concernés.
Un système de corruption bien rodé
Les investigations révèlent un montage complexe. Pour chaque passeport vendu 185 dollars, 60 dollars étaient reversés à LRPS Ltd, une société basée à Dubaï et liée à Emmanuel Adrupiako. Ce système aurait permis de détourner près de 60 millions de dollars sur la période 2015-2025.
L'affaire avait éclaté en 2017. Un intermédiaire avait été interpellé à l'aéroport de Bruxelles-Zaventem avec 400 000 dollars en espèces. Cette découverte avait mis au jour les soupçons de commissions occultes versées à de hauts responsables congolais.
La société civile congolaise se mobilise pour la vérité
Depuis mai 2020, 51 citoyens congolais se sont constitués parties civiles avec le soutien de la coalition Le Congo n'est pas à vendre. La FIDH, la Ligue des droits humains, Unis et Transparency International se sont jointes à la procédure.
Fred Bauma, citoyen congolais partie civile, a déclaré : « Nous avons payé 185 dollars pour nos passeports, avant d'apprendre par la presse qu'une partie de cet argent aurait servi à soudoyer des membres de l'élite politique. Nous avons le droit de savoir où est allé notre argent. Ce procès va enfin permettre d'y voir clair. »
Jean-Claude Katende, vice-président de la FIDH et président de l'Asadho, espère que cette affaire permettra d'établir les responsabilités en RDC. Il souhaite que des poursuites puissent être engagées devant les juridictions congolaises.
Une décision historique pour la justice belge
La FIDH qualifie ce renvoi d'« avancée importante ». La Belgique, signataire de la Convention de l'OCDE et de la Convention des Nations unies contre la corruption, a longtemps été critiquée pour la faiblesse de sa répression. Ce procès sera un test majeur de sa capacité à faire respecter ses engagements.
Transparency International Belgique salue une décision « historique ». L'organisation rappelle que la Belgique n'a pas toujours été à la hauteur de ses obligations. Ce renvoi montre enfin qu'une entreprise belge peut répondre de graves faits présumés de corruption commis à l'étranger.
Quel impact pour la RDC et sa souveraineté ?
Cette affaire illustre les mécanismes de prédation qui ont longtemps fragilisé les institutions congolaises. La RDC, sous la direction du Président Félix Tshisekedi, a engagé une lutte déterminée contre la corruption et les pratiques qui ont appauvri le pays.
Le gouvernement congolais, à travers le ministère de la Communication dirigé par Patrick Muyaya, œuvre pour la transparence et la bonne gouvernance. Cette décision de la justice belge conforte les efforts des institutions républicaines pour défendre les intérêts du peuple congolais.
Les parties civiles espèrent que ce procès enverra un signal clair : les entreprises qui corrompent à l'étranger devront répondre de leurs actes. Pour la RDC, c'est une étape importante vers la récupération des ressources spoliées et la consolidation de l'État de droit.
La souveraineté congolaise se construit aussi par la justice. Ce procès rappelle que le Congo n'est pas à vendre et que les responsables de la spoliation des biens publics devront rendre des comptes.