RDC : l'AFC/M23 transforme une radio locale en lieu de détention
Dans l'est de la République démocratique du Congo, une nouvelle preuve de la dérive des forces négatives vient d'être apportée. Reporters sans frontières (RSF) dénonce la transformation des locaux de la radiotélévision Nyiragongo Musisimuke (RTNM) en bureaux de renseignement et en lieu de détention. Cette radio, située à Munigi, dans le territoire de Nyiragongo, a été fermée en janvier 2025, peu après la prise de contrôle de Goma par l'AFC/M23.
Une reconversion inhabituelle et inquiétante
Selon le rapport de RSF publié ce jeudi 3 septembre, les locaux de la RTNM serviraient désormais aux services de renseignements du mouvement rebelle. Plus grave encore, ils seraient également utilisés comme lieu de détention. RSF qualifie cette situation d'« inhabituelle » et s'inquiète de ses conséquences sur la liberté de la presse.
L'organisation a recueilli des témoignages de personnes ayant été détenues dans ces locaux. Camille Montagu, du bureau Afrique subsaharienne de RSF, explique : « Quatre personnes ont été interrogées par RSF. Deux d'entre elles ont été détenues dans ces locaux, respectivement en septembre 2025 et au printemps de cette année. Elles sont restées détenues plusieurs jours dans ces lieux, avec d'autres personnes, avant d'être transférées dans l'un des principaux centres de détention de Goma. Les deux racontent avoir reconnu le logo de la radio sur le portail de l'entrée et ont indiqué que l'antenne est également toujours présente. Pour nous, cette reconversion de la radio en bureaux de services de renseignements est inhabituelle. »
Les médias sous pression : peur et autocensure
La RTNM était l'unique radio de Munigi, à moins de dix kilomètres de Goma. Sa reconversion en bureaux des services de renseignements, mais surtout en lieu de détention, inquiète les professionnels des médias. Sous couvert d'anonymat, un journaliste victime de mauvais traitements dans la zone contrôlée par la rébellion décrit un climat de travail particulièrement difficile : « Nous sommes dans la peur la plus totale et dans l'inquiétude parce que, finalement, ce ne sont pas tous les sujets qu'on peut aborder. On ne peut pas aborder ouvertement des sujets d'enquête, on ne peut pas aborder directement des sujets d'impunité, on ne peut pas aborder des sujets de violation grave des droits de l'Homme à tout moment. Voilà la situation : la peur, la résignation, l'autocensure. »
L'UNPC dénonce une atteinte grave à la liberté de la presse
L'Union nationale de la presse du Congo (UNPC) condamne fermement cette situation. Valéry Mukosasenge, président de l'UNPC dans la province du Nord-Kivu, déclare : « C'est un coup d'épée contre la liberté de la presse, mais également contre la recherche de bonnes informations. Nous condamnons cet acte et nous demandons à l'AFC/M23 de revenir sur cette décision et ainsi prouver aux yeux du monde qu'eux aussi protègent la liberté d'expression, mais aussi qu'ils donnent la place aux médias. »
La population de Nyiragongo privée de son média local
L'AFC/M23 n'a pas encore réagi au rapport de RSF. En attendant, une partie de la population de Nyiragongo reste sans média local. Le bâtiment de la RTNM est désormais devenu une source de crainte pour les habitants. Cette situation rappelle, une fois de plus, les méthodes des forces négatives qui occupent une partie de notre territoire. Elle souligne l'urgence de soutenir les FARDC et la diplomatie congolaise pour restaurer la souveraineté et l'intégrité territoriale de la RDC.
FAQ : Ce qu'il faut retenir
Qu'est-ce que la RTNM ?
La RTNM (radiotélévision Nyiragongo Musisimuke) était l'unique radio locale de Munigi, dans le territoire de Nyiragongo, près de Goma. Elle a été fermée en janvier 2025 après la prise de contrôle de la ville par l'AFC/M23.
Que dénonce RSF ?
RSF dénonce la reconversion des locaux de la RTNM en bureaux des services de renseignements de l'AFC/M23 et en lieu de détention. Des témoignages de personnes détenues dans ces locaux ont été recueillis.
Quelle est la position de l'UNPC ?
L'UNPC condamne cette situation comme une atteinte grave à la liberté de la presse et demande à l'AFC/M23 de revenir sur cette décision et de rendre les locaux aux médias.