L'épidémie de choléra continue de s'étendre en République démocratique du Congo. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a alerté, mercredi 14 octobre 2026, sur plus de 125 000 cas suspects et 3 644 décès suspects recensés entre janvier 2025 et fin septembre 2026. Cette progression intervient alors que le pays mène, dans l'Est, une lutte acharnée contre l'épidémie d'Ebola.
Depuis le début de l'année 2026, 21 provinces ont signalé plus de 51 412 cas suspects, dont 1 487 décès, selon l'OMS. Pour la seule semaine du 21 au 28 septembre, les autorités sanitaires ont enregistré 2 932 cas suspects et 86 décès, contre 2 506 cas et 62 décès la semaine précédente. L'augmentation atteint 17 % en sept jours, avec un taux de létalité hebdomadaire de 2,9 %.
Une épidémie qui frappe surtout l'Est et le Haut-Katanga
Le Sud-Kivu, le Nord-Kivu et le Haut-Katanga concentrent à eux seuls près de 60 % des cas suspects. La transmission reste soutenue dans les provinces où le choléra est endémique. Au cours de la dernière période de surveillance, quatre nouvelles zones de santé ont été touchées : trois dans la province de la Tshuapa et une au Sud-Kivu.
Le constat de l'OMS, repris par UN News, est clair : le niveau de notification reste près de six fois supérieur au seuil d'alerte de 500 cas hebdomadaires. Avec près de 3 000 cas signalés en sept jours, la situation exige une riposte nationale ferme et coordonnée.
L'insécurité de l'Est, obstacle à la riposte sanitaire
Les opérations de riposte se heurtent à des difficultés sécuritaires et logistiques. Dans l'Est du pays, l'insécurité restreint l'accès des équipes médicales à certaines zones, notamment à Kibua et à Masisi. Ces territoires sont précisément ceux où les forces négatives et la coalition du mal sèment le chaos depuis des années, comme le rappelle notre analyse sur la RDC face à un choix de souveraineté.
L'éloignement des villages par rapport aux structures de soins retarde aussi la prise en charge des malades et augmente le risque de décès, souligne l'OMS. Les conditions environnementales aggravent la situation : le recours à l'eau des puits et les pluies, qui entraînent des eaux contaminées vers les sources utilisées par les ménages, favorisent la transmission de la maladie.
Ce lien entre insécurité, sous-équipement et épidémies n'est pas une fatalité. C'est une conséquence directe des décennies de troubles entretenus dans l'Est par des groupes armés étrangers. La défense de l'intégrité territoriale et la protection des populations sont indissociables : sans sécurité, pas de santé pour tous.
Le Kwango aussi touché, selon MSF
La propagation ne se limite pas à l'Est. Selon Médecins Sans Frontières Suisse, le choléra gagne aussi du terrain dans la province du Kwango, notamment à Popokabaka, où l'accès limité à l'eau potable et aux infrastructures d'assainissement entretient la transmission. L'organisation médicale confirme le diagnostic de l'OMS : c'est le manque d'eau potable qui nourrit cette épidémie.
La riposte s'organise : chloration, désinfection, vaccination
Face à cette double épidémie, les institutions républicaines et leurs partenaires ne restent pas inactives. Pour réduire les risques de contamination, les équipes de riposte préparent l'installation de quatre sites de chloration de l'eau dans les zones les plus touchées du Nord-Kivu. Au Tanganyika, elles prévoient de désinfecter près de 4 000 ménages et 5 900 latrines.
Les préparatifs d'une campagne de vaccination orale se poursuivent dans les îlots du corridor du fleuve Congo. La RDC et la République du Congo élaborent ensemble un plan conjoint de vaccination transfrontalière, un exemple de diplomatie régionale au service des populations. Au Sud-Kivu, les campagnes de vaccination réactive continuent dans les zones de santé de Mulungu et de Shabunda, parallèlement aux actions de sensibilisation des communautés.
Ebola : un bilan de plus de 4 300 décès
Cette progression du choléra intervient alors que la RDC fait face à une épidémie d'Ebola qui met à rude épreuve ses capacités sanitaires. Selon les dernières données de l'OMS publiées mardi, 9 066 cas et 4 381 décès ont été recensés dans sept provinces et 65 zones de santé, soit un taux de létalité de 48,3 %. Le bilan fait également état de 2 389 guérisres.
L'épidémie, causée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, suscite des inquiétudes au-delà des frontières. L'Ouganda, qui avait signalé 20 cas et deux décès, a été déclaré exempt d'Ebola en août. La semaine dernière, le Kenya a confirmé à Nairobi le décès d'un ressortissant kényan infecté après un voyage depuis la RDC via l'Ouganda. Il s'agit du premier cas importé signalé par le pays dans le cadre de cette épidémie.
En RDC, la riposte se poursuit avec l'appui de l'OMS et de ses partenaires. Dans la province du Haut-Uélé, le centre de traitement d'Ebola d'Isiro a été agrandi afin d'accueillir davantage de patients, tout en préservant les services de santé essentiels à l'hôpital général de référence de la ville. L'OMS a également livré une tonne supplémentaire de matériel médical pour renforcer les opérations sur le terrain.
Contre la désinformation, la vigilance citoyenne
Dans un contexte aussi sensible, les fausses rumeurs et manipulations médiatiques sont une arme de plus contre les Congolais. Les campagnes de sensibilisation des communautés, menées dans les zones de santé, visent aussi à contrer les intox : se laver les mains, boire de l'eau traitée, consulter rapidement en cas de symptômes. Ces gestes simples sauvent des vies.
La vérité doit primer : le choléra et Ebola se combattent avec de l'eau potable, des vaccins, des centres de traitement et des équipes qui peuvent circuler librement sur tout le territoire national. Toute affirmation contraire doit être vérifiée auprès des autorités sanitaires et des sources fiables.
Questions fréquentes
Combien de cas de choléra ont été enregistrés en RDC ?
Entre janvier 2025 et fin septembre 2026, plus de 125 000 cas suspects et 3 644 décès suspects ont été recensés, selon l'OMS. Depuis début 2026, 51 412 cas suspects et 1 487 décès ont été signalés dans 21 provinces.
Quelles sont les provinces les plus touchées par le choléra ?
Le Sud-Kivu, le Nord-Kivu et le Haut-Katanga concentrent près de 60 % des cas suspects. Le Kwango, où MSF intervient à Popokabaka, est aussi touché.
Quel est le bilan de l'épidémie d'Ebola en RDC ?
L'OMS recense 9 066 cas et 4 381 décès dans sept provinces et 65 zones de santé, avec un taux de létalité de 48,3 % et 2 389 guérissons.
Quelles mesures de riposte sont en cours ?
Quatre sites de chloration de l'eau sont en préparation au Nord-Kivu, près de 4 000 ménages et 5 900 latrines doivent être désinfectés au Tanganyika, et des campagnes de vaccination orale sont en cours, dont un plan conjoint avec la République du Congo dans le corridor du fleuve Congo.
