RDC : l'excision, une tradition qui blesse l'intégrité des filles
En République démocratique du Congo, des filles et des femmes subissent encore des mutilations génitales au nom de la tradition. Ces pratiques, qui portent atteinte à leur intégrité physique et à leur dignité, laissent des séquelles graves et durables. Les associations de la société civile alertent sur l'ampleur du phénomène et appellent à une prise de conscience collective.
Des pratiques traditionnelles aux conséquences irréversibles
Dans plusieurs provinces du pays, notamment au Nord-Kivu et au Maniema, l'excision et l'étirement des petites lèvres sont encore imposés à des filles et à des femmes. Ces rites, présentés comme culturels, causent des traumatismes physiques et psychologiques profonds.
Dans la province du Nord-Kivu, des organisations de la société civile ont identifié des cas d'excision dans les zones de santé de Vuhovi, Biena, Alimbongo, Musienene, Butembo et Katwa. Les victimes témoignent de souffrances indicibles.
« On m'avait forcée, puis coupé les organes génitaux. J'ai souffert d'infections pendant plusieurs mois. J'ai utilisé différents traitements qui ne m'ont pas guérie. J'ai vraiment souffert avant de rencontrer Amani humanitarian qui m'a aidée. Ici, au Nord-Kivu, nous souffrons de ces pratiques imposées par les familles, au nom de la culture. Il y a même des morts », témoigne anonymement une victime.
Une autre victime évoque des conséquences irréversibles sur sa vie de femme.
« Nous avons eu des problèmes très sérieux. Des plaies qui nous ont fait souffrir et dont nous continuons à souffrir jusqu'à présent. Nous avons même honte de nous appeler femmes, car nous ne savons plus si un jour, nous ferons encore des enfants. À l'hôpital, on nous avait parlé de ce risque de ne plus mettre au monde », regrette-t-elle.
Des victimes encore dans l'ombre
Amani humanitarian, une alliance d'organisations de lutte contre les violences basées sur le genre, affirme avoir accompagné près d'une centaine de victimes l'an dernier. Cette année, seulement une vingtaine sont suivies, faute de financement. Pour Idriss Kamis, coordonnateur des projets de l'alliance, ces chiffres ne reflètent pas toute l'ampleur du phénomène.
« D'autres situations ont été identifiées au sein de la communauté, tandis que certaines peuvent encore ne pas être signalées ou identifiées. Lorsqu'un cas est signalé, nous accordons la priorité à la protection, à la confidentialité et à la dignité de la victime. Nous travaillons avec les familles, avec les leaders communautaires, afin de sensibiliser sur les conséquences de l'excision, les droits des filles et la prévention des violences basées sur les genres », explique-t-il.
La sensibilisation, clé de la protection des filles
Dans la province du Maniema, l'excision et l'étirement des petites lèvres sont également évoqués dans certains rites traditionnels, même si la pratique n'est pas généralisée. Les organisations locales multiplient les actions de sensibilisation auprès des communautés.
« Dans le cas de la défense des droits humains, c'est toujours la sensibilisation de ces communautés sur les droits des filles, pour leur montrer aussi les conséquences de ces pratiques néfastes et la nécessité de protéger leur intégrité physique. Nous encourageons l'implication des parents, des leaders communautaires, des autorités locales dans les préventions. Ils doivent éviter ces pratiques-là », précise Nelson Akilimali, dont l'organisation Women for Sustainable Development sensibilise sur ces pratiques.
Protéger l'intégrité physique et la dignité des filles congolaises
Ces pratiques, qui se réclament de la tradition, posent une question fondamentale : celle de la protection des filles et du respect de leur intégrité physique. Les institutions républicaines et les organisations de la société civile doivent redoubler d'efforts pour éradiquer ces violences et garantir à chaque fille congolaise une vie digne et sécurisée. La souveraineté de notre nation se construit aussi par la protection de ses enfants, de toutes ses composantes, sans compromis.