La Chine impose de lourdes taxes sur les produits laitiers européens
Les relations commerciales entre la Chine et l'Union européenne connaissent une nouvelle escalade. Pékin vient d'imposer des droits de douane provisoires de 21,9% à 42,7% sur certains produits laitiers européens, une mesure qui entre en vigueur ce mardi.
Une riposte aux sanctions européennes
Cette décision s'inscrit dans un contexte de tensions croissantes. La Chine répond ainsi aux droits de douane européens imposés sur les véhicules électriques chinois. Le ministère chinois du Commerce justifie ces taxes par l'existence présumée de subventions européennes qui causeraient un préjudice aux concurrents chinois.
Les droits définitifs seront communiqués le 21 février 2026, à l'issue de l'enquête lancée en août 2024 par les autorités chinoises.
Des produits stratégiques dans le viseur
Les mesures touchent une large gamme de produits laitiers : fromages frais et transformés, fromages bleus, laits et crèmes. La crème fraîche, déjà taxée à 15%, subit particulièrement ces nouvelles contraintes.
Pour la France, l'impact est considérable. Le pays a exporté près de 370 millions d'euros de produits laitiers vers la Chine en 2024. Sur les neuf premiers mois de 2025, les exportations atteignaient 245 millions d'euros.
La Normandie particulièrement touchée
Les producteurs normands, grands fournisseurs de crème à l'international, subissent directement ces mesures. Dans la Manche, la crème Elle & Vire du groupe Savencia représente les trois quarts des exportations françaises de crème vers la Chine.
Le groupe Savencia produit 35 000 tonnes sur les 45 000 tonnes exportées par la France, principalement depuis Condé-sur-Vire. Cette concentration géographique amplifie l'impact économique régional.
Réactions et perspectives
La Fédération nationale de l'industrie laitière qualifie ces taxes de "coup de massue" pour les exportateurs français. La ministre de l'Agriculture Annie Genevard dénonce une mesure "inacceptable" et promet de la contester avec les partenaires européens.
François-Xavier Huard, PDG de la fédération représentant les industriels privés, annonce la poursuite des négociations avec les autorités chinoises. Une phase de contre-argumentaire s'ouvre pour tenter de réduire les droits définitifs.
Un secteur sous pression
Cette crise commerciale intervient dans un contexte difficile pour la filière laitière française. Malgré une collecte en hausse de 1% sur dix mois et des prix légèrement orientés à la hausse, les producteurs s'inquiètent des négociations tarifaires avec les industriels.
La Fédération nationale des producteurs de lait craint des pertes de marchés significatives, tout en appelant à maintenir la rémunération des éleveurs.
Ces tensions illustrent la fragilité des équilibres commerciaux internationaux et l'importance des marchés asiatiques pour l'agriculture européenne.