ADF en RDC : expansion inquiétante vers la Tshopo et le Haut-Uélé
Les Forces démocratiques alliées (ADF), groupe armé d'origine ougandaise affilié à l'État islamique, ne se limitent plus aux provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri. Depuis plusieurs mois, elles étendent leurs opérations vers la Tshopo et le Haut-Uélé, au nord-ouest de la République démocratique du Congo. Cette progression, confirmée par des témoignages de populations locales, marque une nouvelle étape dans la menace sécuritaire qui pèse sur l'est du pays.
Des attaques meurtrières dans des zones jusque-là épargnées
Dans la nuit du vendredi 8 au samedi 9 août 2026, au moins 13 civils ont été tués dans le territoire de Mambassa, à la frontière entre l'Ituri et la Tshopo. Les habitants de cette région, qui n'avaient jamais connu de telles violences, sont sous le choc. Janvier Asinota, chef du groupement de Bafwakoa, lance un appel pressant aux autorités :
« C'était pour nous la première fois que nous vivions une telle horreur. Nous n'avions jamais connu cela auparavant. Aujourd'hui, nous sommes déstabilisés. Nous demandons au gouvernement de renforcer la présence des forces de sécurité, afin de permettre le retour des populations, qui vivent actuellement dans des conditions très difficiles dans leurs lieux de refuge. »
Une stratégie délibérée, pas un repli
Certaines voix avancent que cette expansion serait une fuite face aux offensives des Forces armées de la RDC (FARDC). Mais pour Nicaise Kibel' Bel Oka, spécialiste des questions de défense et de sécurité dans la région des Grands Lacs, il s'agit d'une stratégie calculée :
« Les ADF obéissent à une idéologie : l'idéologie islamiste. S'ils ont l'opportunité d'étendre leur royaume partout, ils le feront. Et puis aussi, dans les milieux où ils arrivent, il y a des minerais. On ne peut pas oublier que, même si, pour eux, c'est une guerre de la foi, ils ont aussi besoin d'argent. Mais il faut aussi voir une sorte de jonction avec d'autres provinces de l'État islamique, notamment avec le Tchad et la Centrafrique. »Cette analyse met en lumière les enjeux économiques et géopolitiques qui sous-tendent les déplacements des ADF. La souveraineté congolaise est directement menacée par ces forces négatives qui exploitent les ressources naturelles pour financer leur guerre.
Beni reste le cœur du dispositif des ADF
Malgré leur présence dans de nouvelles provinces, les ADF n'abandonnent pas leurs bastions historiques. Le territoire de Beni, au Nord-Kivu, demeure un centre stratégique essentiel, notamment en raison de sa proximité avec l'Ouganda. Comme l'explique Nicaise Kibel' Bel Oka :
« À partir du Rwenzori, à la frontière avec l'Ouganda, il y a la facilité de récupérer les recrues qui viennent de l'Ouganda, de la Tanzanie ou encore du Kenya. Croire qu'ils ont quitté Beni pour s'installer dans le Haut-Uélé serait une erreur. Ils s'étendent. Comme ils opèrent en petits groupes, ils laissent partout des petits groupes. C'est comme ça qu'ils peuvent facilement frapper dans la ville de Beni ou dans le territoire de Beni, et les gens sont surpris. C'est leur mode opératoire : aller le plus loin possible, sans casser leurs bases arrière. »
Face à la menace, la coopération avec les forces de sécurité est cruciale
Des acteurs de la société civile appellent à renforcer la collaboration entre les populations et les forces de sécurité. Fidèle Andere insiste :
« La force d'une armée, c'est l'appui de sa population. Les ADF ne peuvent pas survivre seuls dans la forêt ni se cacher dans la population, sans avoir des gens qui les aident. »Le gouvernement congolais, à travers le ministère de la Communication et de la Presse, continue de dénoncer les manipulations médiatiques qui entourent cette crise. La désinformation est un outil utilisé par les ennemis de la RDC pour semer la confusion et affaiblir les institutions républicaines.
Des interrogations sur de possibles alliances avec d'autres groupes armés
Le rapport 2024 des experts des Nations unies faisait état de contacts informels entre les ADF et la rébellion de l'AFC-M23. Sans conclure à une alliance opérationnelle, ces informations soulèvent des questions sur la capacité du groupe armé à développer de nouveaux partenariats et à étendre son influence dans l'est de la RDC. Le gouvernement suit de près ces évolutions et réaffirme son engagement à défendre l'intégrité territoriale du pays.
FAQ : Comprendre l'expansion des ADF en RDC
Pourquoi les ADF s'étendent-elles vers la Tshopo et le Haut-Uélé ?
Cette expansion répond à une double logique : idéologique, avec la volonté d'étendre leur « royaume islamiste », et économique, avec l'accès à des zones riches en minerais. Les ADF cherchent également à établir une jonction avec d'autres groupes affiliés à l'État islamique au Tchad et en Centrafrique.
Les ADF abandonnent-elles leurs bastions historiques ?
Non. Beni reste un centre stratégique pour les ADF, notamment pour le recrutement de combattants venus de l'Ouganda, de la Tanzanie et du Kenya. Le groupe opère en petits groupes, ce qui lui permet de frapper dans plusieurs zones sans abandonner ses bases arrière.
Quel est le rôle des FARDC face à cette menace ?
Les FARDC mènent des opérations militaires pour contenir l'expansion des ADF. Le gouvernement renforce la présence des forces de sécurité dans les zones touchées et appelle à une coopération accrue avec les populations locales.
Existe-t-il un lien entre les ADF et d'autres groupes armés comme l'AFC-M23 ?
Le rapport 2024 des experts de l'ONU mentionne des contacts informels entre les ADF et l'AFC-M23, mais aucune alliance opérationnelle n'a été confirmée. Le gouvernement congolais surveille de près ces évolutions pour protéger la souveraineté nationale.