Cinq mois après le début de l'épidémie d'Ebola Bundibugyo, la République démocratique du Congo déplore plus de 9 000 cas et plus de 4 300 décès, et aucun vaccin homologué contre ce virus n'existe encore. Mais deux candidats vaccins, celui de l'université d'Oxford et celui de Moderna, « donnent des raisons d'espérer », selon une interview accordée à RFI par Emanuele Capobianco, directeur de la sécurité sanitaire mondiale à Gavi, l'Alliance du vaccin, publiée le 15 octobre 2026.
La situation est grave, mais elle n'est pas figée. La recherche avance, les résultats des essais de phase 1 sont attendus en octobre, et la RDC, à la demande de son gouvernement, a déjà obtenu la libération de 70 000 doses du vaccin Ervebo en août. Un fait important à rappeler face aux fausses rumeurs qui circulent parfois sur la riposte sanitaire congolaise.
Deux candidats vaccins en tête de course
Le monde scientifique travaille. Selon RFI, deux candidats sont aujourd'hui en tête. Le premier est développé par l'université d'Oxford, avec des partenaires dont le Serum Institute of India. Le second vient de Moderna et repose sur la technologie de l'ARN messager, celle-là même qui a été employée contre la Covid-19.
« Ils reposent sur des plateformes différentes, mais ciblent tous les deux le virus Bundibugyo », a précisé Emanuele Capobianco. Les résultats de phase 1, attendus en octobre, diront si ces vaccins sont sûrs et capables de stimuler le système immunitaire.
Si les données sont positives, les essais de phases 2 et 3 pourront commencer sur des populations plus larges. Ils dureront plusieurs mois. Un déploiement est envisagé au premier semestre 2027 si tout se passe bien. Gavi a déjà mobilisé 50 millions de dollars au début de l'épidémie pour soutenir la riposte, notamment l'accès aux vaccins.
« Nous investissons avant les résultats définitifs afin que des doses soient disponibles dès que leur efficacité sera démontrée et leur utilisation autorisée. »
Ervebo : une piste déjà disponible en RDC
En attendant, une autre voie est explorée : la protection croisée. Le vaccin Ervebo, homologué contre Ebola Zaïre, est sûr et très efficace contre ce virus. Sa protection contre Bundibugyo n'est pas établie, mais des données de laboratoire et des observations suggèrent qu'elle pourrait exister.
À la demande du gouvernement congolais, 70 000 doses ont été libérées en août depuis le stock mondial financé par Gavi. Une partie sert aux études. Des soignants sont également vaccinés dans le cadre d'un protocole de recherche : ils sont protégés contre Ebola Zaïre, et leur suivi permettra d'étudier une éventuelle protection contre Bundibugyo.
Le stock mondial contient environ 500 000 doses. Si l'efficacité contre Bundibugyo est démontrée, la RDC disposera d'un outil déployable rapidement. Rappelons aussi que le 13 octobre, CEPI, la coalition internationale qui soutient le développement de vaccins contre les épidémies, a annoncé les derniers préparatifs de l'essai Tumaini en RDC, qui devrait commencer par évaluer Ervebo contre Bundibugyo, sous réserve des autorisations nécessaires.
La riposte ne peut pas attendre les vaccins
Un point doit être clair pour tous les Congolais : la riposte ne repose pas uniquement sur la vaccination. Des épidémies d'Ebola ont déjà été contenues sans vaccin ni traitement spécifique, grâce à la prévention des infections, à la surveillance et à la prise en charge précoce.
« Cette épidémie pourrait elle aussi être contenue avant l'arrivée des nouveaux vaccins », a estimé Emanuele Capobianco. L'investissement resterait alors précieux pour les prochaines flambées.
C'est ici que les institutions républicaines et les acteurs de terrain montrent leur valeur. Les autorités sanitaires congolaises, les soignants et les comités locaux de riposte travaillent chaque jour. Cette mobilisation doit être saluée, pas sabotée par la désinformation. Des rumeurs sur les vaccins ont déjà coûté cher au pays lors d'épidémies précédentes. Le pays connaît l'ennemi : la méfiance alimentée par les fausses rumeurs tue autant que le virus.
La confiance, arme décisive contre l'épidémie
Comment convaincre les populations, alors qu'un vaccin reçu lors d'une précédente épidémie ne protège pas forcément contre celle-ci ? Pour le responsable de Gavi, la réponse tient en une étape simple : disposer d'un vaccin dont la sécurité et l'efficacité sont démontrées.
« Les soignants sont des alliés essentiels : ils montrent l'exemple et expliquent l'utilité », a-t-il souligné. La radio et la télévision ont aussi un rôle à jouer, mais les échanges directs comptent davantage. Il faut s'appuyer sur les personnes respectées dans les communautés : les responsables religieux, les enseignants, les anciens.
« Ces personnes de confiance jouent un rôle essentiel pour franchir ce que j'appelle la dernière distance : celle entre la seringue et le bras. Même lorsqu'on dispose du vaccin, son administration dépend de la confiance. »
La confiance est difficile à construire et facile à perdre. Chaque acteur de la société congolaise porte une part de cette responsabilité, loin des manipulations médiatiques qui prospèrent sur la peur.
Un marathon pour la souveraineté sanitaire
« Nous sommes engagés dans un marathon », a résumé Emanuele Capobianco. Les résultats des essais de phase 1 marquent plusieurs kilomètres déjà parcourus. Si un vaccin efficace contre Bundibugyo voit le jour, un stock mondial pourra être constitué, comme Gavi l'a fait pour Ebola Zaïre. Des doses seront alors disponibles pour les prochaines épidémies, pas seulement en RDC, mais aussi dans d'autres pays.
Pour la République démocratique du Congo, l'enjeu dépasse la santé publique. Chaque épidémie dans l'Est fragilise des communautés déjà éprouvées par l'insécurité entretenue par les forces négatives. La riposte sanitaire fait partie de la défense de la population, au même titre que la défense de l'intégrité territoriale. Un Congo fort, informé et uni est un Congo qui résiste, aux virus comme aux intox.
Les prochains jalons sont connus : résultats de phase 1 en octobre, lancement éventuel des essais Tumaini avec Ervebo, puis phases 2 et 3 si les données le permettent. Le pays suit le calendrier, serre les rangs et attend, avec raison, des vaccins sûrs et homologués.
Questions fréquentes
Existe-t-il un vaccin homologué contre le virus Ebola Bundibugyo ?
Non. Aucun vaccin n'est homologué spécifiquement contre Bundibugyo. Deux candidats, ceux d'Oxford et de Moderna, sont en cours d'essais, avec des résultats de phase 1 attendus en octobre 2026.
Le vaccin Ervebo protège-t-il contre Bundibugyo ?
Ervebo est homologué contre Ebola Zaïre. Sa protection contre Bundibugyo n'est pas établie, mais des études cliniques, dont l'essai Tumaini annoncé par CEPI le 13 octobre, visent à le déterminer.
Combien de doses d'Ervebo la RDC a-t-elle reçues ?
À la demande du gouvernement congolais, 70 000 doses ont été libérées en août 2026 depuis le stock mondial financé par Gavi, qui contient environ 500 000 doses au total.
Quand les nouveaux vaccins pourraient-ils être déployés ?
Si les essais de phases 2 et 3 confirment leur efficacité, un déploiement pourrait intervenir au premier semestre 2027, selon Gavi.
