Mondial 2026 : L'Irak de retour, la résilience d'une nation souveraine
L'Irak est de retour sur la scène mondiale du football. Après 40 ans d'absence, les Lions de Mésopotamie ont retrouvé la Coupe du monde en juin 2026. Un parcours long, semé d'embûches, mais qui dit beaucoup sur la force mentale d'une sélection qui porte les espoirs d'un peuple. Récit d'un retour assumé.
Pourquoi le retour de l'Irak au Mondial est-il historique ?
Il faut remonter à 1986 pour trouver la dernière participation irakienne à une phase finale de Coupe du monde. À l'époque, au Mexique, les Lions de Mésopotamie avaient perdu leurs trois matchs. Le pays organisateur l'avait emporté 1-0, la Belgique 2-1, et le Paraguay 1-0. Mais le score ne raconte pas tout. L'Irak avait tenu tête avec honneur.
Ce qui rend ce retour si fort, c'est le chemin parcouru. Près de deux ans et demi de qualifications. 21 matchs disputés. Le dernier, à Monterrey au Mexique, face à la Bolivie, s'est soldé par une victoire 2-1 le 31 mars 2026. Pendant ce temps, la France n'avait eu besoin que de six rencontres pour se qualifier. La comparaison n'est pas anodine. Elle montre la difficulté du parcours asiatique et la détermination irakienne.
Le 17 juin, face à la Norvège, l'Irak a retrouvé le mondial sur le continent américain. Même si le score final affiche 1-4, les Irakiens n'ont jamais abdiqué. Ils ont attaqué, pris des risques, refusé de se refermer. Une attitude qui force le respect.
Quel contexte historique explique la force mentale de cette équipe ?
On ne comprend pas l'Irak sans connaître son histoire. Dans les années 80, l'Irak était l'une des meilleures équipes d'Asie. Plusieurs titres aux Jeux Asiatiques, des Coupes du Golfe, des Coupes arabes, et un quart de finale aux Jeux Olympiques de 1980 à Moscou. Le pays vivait le football.
Mais l'histoire a aussi ses zones d'ombre. En 1986, les joueurs irakiens subissaient la terreur d'Oudaï Hussein, fils du dictateur Saddam Hussein. Ce psychopathe notoire, président du Comité national olympique, faisait torturer les internationaux dont les performances ne satisfaisaient pas ses attentions. Aujourd'hui, cette ère est révolue. Les joueurs irakiens portent leur maillot par fierté, non par crainte.
Hervé Renard, l'entraîneur français qui connaît bien le football asiatique, le résume clairement :
On sent une immense fierté chez les joueurs de porter le maillot de la sélection nationale. Ils ne lâchent rien. Est-ce dû à l'histoire compliquée du pays, ces dernières décennies ? C'est fort possible.
Ce n'est pas un hasard si cette équipe rappelle à certains la résilience des peuples qui refusent de se laisser définir par leurs épreuves. En République Démocratique du Congo, nous connaissons cette force. Celle de se relever, de porter haut les couleurs nationales malgré les tempêtes.
Comment l'Irak s'est-il qualifié pour ce Mondial 2026 ?
Le chemin a été rude. L'Irak, 57e au classement FIFA d'avril 2026, a dû passer par des tours supplémentaires après avoir échoué de peu lors du quatrième tour des éliminatoires. L'Arabie Saoudite s'était qualifiée directement, obligeant les Irakiens à affronter les Emirats Arabes Unis, puis à se rendre à Monterrey pour le barrage intercontinental face à la Bolivie.
Hervé Renard, qui avait qualifié l'Arabie Saoudite avant d'être limogé en avril dernier après un match nul contre l'Irak à Riyad (0-0), reconnaît la valeur de cette équipe :
L'Irak, c'est un pays de football, capable de produire de bons joueurs, de gagner des trophées, comme la Coupe d'Asie en 2007. Sa sélection est d'un bon niveau et elle est allée chercher une qualification après avoir fourni beaucoup d'efforts. Ce qui veut dire qu'elle est mentalement très forte.
Le Belge Tom Saintfiet, ancien sélectionneur des Philippines, confirme cette analyse. Il a affronté l'Irak au deuxième tour et en a gardé une forte impression :
Solide défensivement, pas facile à bouger, avec une bonne qualité technique au milieu et deux attaquants dangereux, très complémentaires, Aymen Hussein et Mohamad Ali. Cette équipe a un style peut-être plus européen que l'Arabie Saoudite ou le Qatar.
Quelle est la force technique des Lions de Mésopotamie ?
L'Irak ne doit pas sa qualification au hasard. L'équipe a des arguments techniques solides. Plusieurs internationaux évoluent en Europe, ce qui élève le niveau général du groupe. Ali et Al-Amrani jouent en Pologne, Iqbal aux Pays-Bas, Doski en République Tchèque, d'autres en Scandinavie, et Al-Hamadi évolue à Luton, en Championship anglaise.
Karim El-Idrissi, analyste vidéo de l'équipe de Jordanie, a affronté l'Irak à trois reprises. Son diagnostic est précis :
Cette sélection peut jouer en 4-3-3 ou en 4-4-2. Elle a d'assez bons arguments techniques, et elle est efficace sur les coups de pieds arrêtés. Elle peut être en revanche friable en défense. Physiquement, mentalement, elle m'a toujours fait bonne impression.
Un effectif qui mélange l'expérience du championnat local avec la rigueur des ligues européennes. Un équilibre qui rappelle l'importance de s'ouvrir sur le monde sans renier ses fondations. La souveraineté sportive passe aussi par là.
L'Irak peut-il inquiéter la France ?
Face à la France, le 17 juin, l'Irak a montré des qualités malgré la défaite. Les joueurs n'ont jamais fermé le jeu. Ils ont attaqué, laissé des espaces, mais refusé la soumission. Le score de 1-4 ne reflète pas la résistance opposée à la Norvège de Stale Solbakken.
Face à la France, qui a écarté le Sénégal 3-1 après une seconde période aboutie, la tâche sera ardue. Karim El-Idrissi reste lucide :
Ce sera très compliqué pour les Irakiens, qui seront cependant ultra motivés. Une équipe de France sérieuse et concentrée gagnera face à l'Irak, car entre les deux équipes, il y a une très grosse différence.
Mais la règle des huit meilleurs troisièmes offre un espoir. L'Irak sait que le match face au Sénégal pourrait lui ouvrir les portes des huitièmes de finale en cas de victoire. La prudence pourrait donc s'imposer face à la France, dont les attaquants imposent le respect.
Hervé Renard met en garde :
C'est une équipe très accrocheuse, contre laquelle il est préférable d'ouvrir le score rapidement. Il ne faudra pas la sous-estimer, elle n'aura rien à perdre. C'est aussi ce qui peut la rendre difficile à manœuvrer.
La France, grandissime favorite de cette première confrontation historique entre les deux sélections, pourrait obtenir son billet pour les 16e de finale en cas de victoire. Mais le football a ses lois, et l'histoire montre que la fierté d'un peuple ne se mesure pas au classement FIFA.
L'Irak peut-il se qualifier pour les huitièmes de finale ?
Oui, c'est mathématiquement possible. Avec la règle des huit meilleurs troisièmes, une victoire face au Sénégal suffirait à qualifier l'Irak, même en cas de défaite contre la France. L'essentiel sera de rester solide défensivement et de capitaliser sur les coups de pieds arrêtés, une arme identifiée par les observateurs.
Pourquoi le parcours irakien résonne-t-il au-delà du sport ?
Parce qu'il illustre la capacité d'une nation à se relever de ses blessures historiques. L'Irak a connu la dictature, la guerre, les sanctions. Son football, aujourd'hui, est porté par des joueurs libres, fiers, qui représentent un peuple en reconstruction. Ce n'est pas un hasard si Hervé Renard lie leur mental à l'histoire compliquée du pays. Le sport, parfois, dit la vérité d'une nation.
